"Grand Paris et petit bras" : la contribution du CROA-IDF au débat
2008 et 2009 auront été des années d’effervescence tous azimuts, au cours desquelles on a assisté, pour la première fois dans l’histoire récente de cette région de 11,7 millions d’habitants, à une prise de conscience collective et populaire de l’échelle réelle de ce territoire. Le débat était public, enthousiaste et prospectif. Il a mis en valeur les attentes et les désirs, les déséquilibres et les carences ; il était aussi porteur d’un formidable espoir républicain.
Mais depuis plusieurs mois, les querelles de gouvernance semblent vouloir reléguer la réflexion sur la ville au second plan. Il est important que la pensée vive, que la population soit associée aux réflexions en cours et que l’ensemble des élus prennent conscience de l’échelle métropolitaine pour qu’enfin, tous ensemble, nous soyons les promoteurs d’une ville non subie, d’une ville de plaisir et de solidarité.
Les 10.000 architectes d’Ile-de-France sont tous porteurs de ce grand dessein, ils sont à même de résoudre, au plus près des territoires, la délicate équation posée par ce changement d’échelle en imaginant la nouvelle identité d’une région douce, durable, agréable à vivre, ouverte sur le monde, qui concrétise enfin un nouvel art de vivre urbain.
En 2010, l’Ordre des architectes d’Ile-de-France poursuivra sa réflexion, notamment à travers son cycle 'Les débats du Grand Paris'. Ce travail régional est complété à l’échelle nationale par les travaux du Conseil National de l’Ordre des architectes.
Pour que la ville de demain soit celle tant attendue par nos concitoyens : "Soyons réalistes, demandons l’impossible".
'Grand Paris et petit bras'
L’agglomération parisienne est une réalité, mais pourra-t-elle devenir une métropole sans construire son identité, sans que soit mis en oeuvre sa gouvernance, sans qu’elle ne redevienne un plaisir ?
Les grands ensembles sont toujours des îlots de souffrance en attente ; les infrastructures lacèrent le territoire, isolent les quartiers ; les grandes emprises réservées aux activités sont des espaces infranchissables qu’il faut contourner. Ce ne sont pas là des phénomènes uniques, mais on ne peut que regretter que la France ne se soit pas encore inscrite dans le sens de l’histoire en adaptant son urbanisme aux besoins criants des habitants et en s’engageant vers les impératifs de l’après Kyoto.
Les études pour la révision du Schéma Directeur de la Région Ile-de-France avaient permis que la densité ne soit plus un sujet tabou. Aujourd’hui, le fait métropolitain peut être reconnu comme l’opportunité de pousser les frontières existantes pour tisser, croiser, décloisonner tout ce qui peut servir l’intérêt commun. Hélas, l’état actuel du projet du Grand Paris fait pitié, tant la mécanique promise, mais déjà grippée a enterré les vrais enjeux du débat public. Le risque de balkanisation des aires métropolitaines se profile dans la réduction de l’échelle territoriale prise en compte et les résistances sur la répartition des prérogatives. L’évolution espérée ne saurait se passer simplement. Pour autant, ne laissons pas réduire les ambitions à quelques actions d’éclat, dont les répercussions seraient bien minces à côté des attentes des 11 millions de citoyens et des énergies aujourd’hui disponibles dans la société civile.
Sans vision globale, le projet métropolitain ne sera pas. Les 10.000 architectes d’Ile-de-France soutiennent l’ambition d’une métropole dense, diversifiée et porteuse d’un nouvel art de vivre. Nous croyons à la nécessité d’associer des avancées sociales réelles - la réduction des fractures sociales, les potentiels enfin activés de la banlieue - à la conception d’une ville inédite qui assurera dans le même temps le rayonnement international de la métropole francilienne. Devenir une métropole où l’on respire un air propre, avec des logements spacieux dans des quartiers singuliers, dotés d’équipements de proximité et de lieux de travail accessibles rapidement, où il fait bon courir dans la fraîcheur des petits matins, prendre un café le long d’avenues silencieuses, c’est notre rêve citoyen. Ce n’est pas une utopie mais un défi de société. Il porte l’espoir qu’un élan historique sera donné aux solidarités et à l’attractivité de l’agglomération parisienne.
Pour que cet élan se concrétise, les féodalités républicaines territoriales doivent s’incliner devant l’intérêt des générations à venir. Il s’agit maintenant de croiser les dynamiques au lieu de les opposer. De nombreux acteurs politiques ont appelé cette évolution de leurs voeux. Les dix équipes conduites par les architectes du Grand Paris l’ont unanimement demandée. Les Franciliens en ont besoin. La France en a les moyens et les capacités.
Un territoire pour tous, accessible et identifiable quelles que soient les singularités géographiques, urbaines, économiques et sociales qui le constituent : voilà le grand pari du Grand Paris. A l’heure de l’urbanisation du monde, cette métropole en devenir doit s’affirmer comme la concrétisation d’un vrai plaisir de vivre en ville et le partage de nouvelles valeurs citadines.
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