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Que peuvent faire les architectes pour les SDF ?

Posté par CNOA ( Webmaster — 75015 paris ) le 22-12-2006 11:37


Le problème des personnes sans domicile fixe revient comme chaque hiver sur le devant de la scène médiatique. Le projet architecture 2007 fait le même constat que certains observateurs (Cf. l’interview d’Olivier Nodé-Langlois, architecte et responsable d’ATDQ Quart-Monde dans Libération du 19 décembre 2006) : ce sont environ 3 millions de personnes qui souffrent dans notre pays de mal logement. Et ceci peut être considéré comme une estimation basse…

Le droit opposable au logement pour tous, la construction d’un minimum de 120 000 logements par an, une garantie contre les risques locatifs, augmentation des places en logement d’urgence sont parmi les mesures proposées par certains candidats à l’élection présidentielle.

Le projet architecture 2007 appelle dans ce sens à accentuer l’effort sur le logement social. Le logement ne doit plus être un enjeu spéculatif et l’Etat doit rester le garant des solidarités nationales.

Le logement social est traditionnellement en France un secteur d’excellence architecturale et il faut souhaiter qu’il redevienne un domaine où l’architecte s’engage et retrouve par là la noblesse de son métier et sa fonction sociale.

Pour les sans-arbris, l’association des «Architectes de l’urgence» a su en certaines circonstances se mobiliser.

Alors, pour les SDF et les mal logés, que font les architectes ? Et que pourront-ils faire demain ?

Coûts de construction

Etant simple citoyen, j'aimerais savoir dans quelle mesure un architecte peut contribuer à abaisser les coûts de construction de logement pour permettre de casser la spéculation actuelle. Et au delà des coûts de construction, d'en faire un logement durable, économique et pratique. Je pense que ça existe, y en a t il des exemples? un logement durable et économique (voire éco-citoyen) est-il forcément plus cher ?

Posté par Matthieu ( Citoyen — 75015 PARIS ) le 22-12-2006 15:16

Architecture d'urgence

Architecture d'urgence
Tadao Ando, entre autres, a su répondre à cette question lors du tremblement de terre de Kobe. La problématique, à mon avis, n'est pas celle de la faisabilité mais plutôt une question morale, sociale et politique. Aider oui, mais dans quel lieu pour éviter la ghettoïsation, avec quels critères d'admission, dans quelle perspective et dans quel but social précis? Alors que l'on en est encore en France aux banlieux (Chemetov l'a très bien expliqué dans "20.000 mots pour la ville) et aux foyers Sonacotra, je ne crois pas que notre société soit prête à affronter ces problèmes...
Posté par Jean-Baptiste AVRIL ( Citoyen — 75017 Paris ) le 28-12-2006 15:50

SPECULATION FONCIERE ET SOCIALE

Paris, que d'enthousiasme quand on visite ses monuments qui font son prestige ! Paris, que d'écoeurement et de honte quand on voit ses tentes rouges proches du canal Saint Martin, ou nichées sous le Centre Georges Pompidou.

Les antipodes de Beaubourg, un fleuron de l'architecture contemporain qui abrite l'habitat indécent de malheureux. A l'heure où le thermomètre peine à se hisser au dessus de zéro, une simple toile n'apportera jamais la chaleur d'un logement digne.

L'urgence est bien réelle et se situe à chaque coin de rue, cependant j'émets des réserves sur la phrase suivante :

 

"Le logement social est traditionnellement en France un secteur d’excellence architecturale et il faut souhaiter qu’il redevienne un domaine où l’architecte s’engage et retrouve par là la noblesse de son métier et sa fonction sociale."

 

Malgré l'engagement sans faille de l'architecte au niveau social, il a de plus en plus de mal à lutter contre toutes les pressions financières. Les marges de manoeuvre sont de plus en plus restreintes par des promoteurs qui doivent jongler avec un prix du foncier qui atteint des sommets affolants, le règlementation RT 2005 et dernièrement, la mise en application de la loi de février 2005 favorisant l'égalité des chances des personnes handicapées.

L'architecte ne peut pas faire de miracles, mais des prouesses et pour cela, il a besoin de plus de manoeuvres.

 


 

Posté par Marty ( Architecte — 74 Haute Savoie ) le 04-01-2007 10:38

Réalités sur le coût de la construction

Le coût de la construction n'est pas un levier sur la spéculation immobilière, cette dernière est liée au marché économique, à la volonté de l'enrichissement, mais surtout à la valeur que l'on veut bien donner aux choses. La qualité architecturale a un coût induit par la conception de l'objet spatial, mais également et principalement par la qualité des matériaux mis en oeuvre. L'activité de la construction souffre aujourd'hui du manque de reconnaissance citoyenne de la valeur du travail, de ses qualités mais aussi de son enjeu sur la valeur humaine et sociale.

Pourquoi transmettre son incapacité à résoudre certains problèmes à sont voisin ? Commençons déjà par se poser les bonnes questions.

Construire est un acte social valorisant, alors aidons tous les constructeurs qui, eux ne peuvent pas délocaliser la production.

Travaillons tous ensemble,  les acteurs du cadre bâti, pour trouver des solutions durables et qualitatives.

La mise en concurences effrénée à chaque stade de l'acte de bâtir est-elle bien justifiée?

Le coût du logement est lié à sa consommation énnergétique, pourquoi ne pas chercher des solutions politiques et administratives pour faciliter la constructution dite passive, et ne pas ce réfugier derrière la justification que celui qui paie n'est pas celui qui consomme. La planète s'épuise grace à ces discours figés.

Mesdames et Messieurs les politiques réagissez et faites nous travailler intelligeament!

Un architecte fier de son métier et de son savoir faire.

Posté par MARTINS ( Citoyen — 37 CHAMBRAY LES TOURS ) le 05-01-2007 15:56

la crise du logement, social ou non

Une pénurie de logement même si aujourd’hui la construction de logements s’accentue. C’est une inadaptation manifeste aux besoins réels, le logement parce qu’il y a pénurie devient  un produit financier rentable avant tout un placement, dans une logique strictement spéculative.

On ne sait plus trop où l’on va, ça ressemble étrangement à une fuite en avant tout ça …

Un couple gagnant deux fois le SMIG n’a plus les moyens d’acquisition et les familles ne peuvent plus loger leurs enfants devenus adultes. Ce qui d‘ailleurs pose un problème politique important avec un déplacement d’un corps électoral implanté traditionnellement en centre ville. En exemple, les différents maires de Marseille sont élus depuis des décennies par une petite bourgeoisie, fonctionnaire pour la plupart. Cette classe électorale traditionnellement bien implantée en centre ville en nombre important, ne peut plus se stabiliser, leurs enfants partent de la ville … Affolement des politiques, arroseur arrosé … Ils ont voulu que se développe l’immobilier de rapport pour tenter d’élever le niveau de la ville. La mairie réagit comme elle peut, elle lance une campagne d’aide aux jeunes. C’est bien la meilleure preuve qu’il n’y a pas non plus de vraie politique de logement, juste des coups pour parer au plus pressé à grands frais. L’argent public que l’on dépense allégrement pour pallier à l’incompétence de nos décideurs, et nous... .

Comme une vieille rengaine qui revient avec l’augmentation important des profits, la ville est livrée à l’investissement de rapport, aux promoteurs … Ce sont ceux qui désormais font la ville sans qu’il y ait de débat urbain et architectural (débat entre politiques, investisseurs, urbanistes, architectes, citoyens). Tout fonctionne comme une simplification excessive des comportements urbains où les acteurs traditionnels démissionnent de leur rôle. Chacun se cantonne dans une position d’expert, position de plus en plus caricaturale et de moins en moins opérationnelle.

Si ! allons ! de temps à autre un bâtiment, un aménagement apparaît comme l’expression d’une réflexion collective, porte un sens, est le résultat probable d’un partage d’intelligence (ça se voit tout de suite d’ailleurs) … Mais cela reste cruellement l’exception qui confirme la règle, presque un alibi au milieu de la ville produit.

Je pense entre autres, à la ZAC Sextius Mirabeau à Aix en Provence où le Pavillon Noir de Ricciotti semble posé là un peu n’importe où, sans lien, sans transition, sans espace public à son échelle, à côté de la salle de spectacle de Gregotti, condamnée à l’isolement dans son trou. Ces quelques équipements publics tentent d’exister en plein milieu de la grande mare des immeubles de promoteurs qui vendent leur m2 à des prix insensés jusqu’à 10 000 € , paraît-il !

Des immeubles même pas classieux, juste pâle copie d’un temps révolu. Immeuble ersatz, pour une culture ersatz, pour un ersatz de bourgeoisie nouveau riche. Triste terriblement triste, ça de l’architecture ???

Les promoteurs parlent de leur produit et c’est leurs produits assemblés les uns aux autres, plus ou moins relookés par des archis condamnés au façadisme qui font cette ville de produits et de façades … Sans épaisseur, fragile, très fragile. Cette ville insensée, sans poésie, se révélera vite aux yeux de la population. La médiocrité ne résiste jamais au temps…

On a sans doute la ville qu’on mérite, mais nous ressentons que sans débat urbain et architectural auquel chacun devrait participer, la ville se construit en catimini comme un fait accompli sans que soit prise en compte cette complexité qui est la base même de la constitution de l’œuvre collective ..

C’est bien que la ville n’est plus collective, ce n’est plus notre projet commun, d’ailleurs existe-t-il encore ce projet commun ?

Ce ne sont pourtant pas les exemples qui manquent de ce que pourrait être une ville moderne, mais le manque de volonté, l’absence de culture urbaine et architecturale et probablement quelques arrangements faciles laissent filer ce qui est notre projet commun, la ville, vers des intérêts particuliers conséquents.

Et le logement social dans tout ça...

Le logement social actuellement 70 ou 80 000 par an par rapport à une demande effective de plusieurs millions, le logement social neuf devient alors un privilège réservé à un pourcentage infime des ayant droits.

Paradoxe, au lieu d’aider les gens en difficulté, le social est réservé à ceux qui connaissent bien les moyens d’accès à la solidarité commune. Pour que le schéma s’inverse, il faudrait que l’offre se rapproche très fortement de la demande en multipliant par 100 au moins, la réalisation de logement social.

Mais le foncier, la réticence de la population, le manque de courage politique, le non-respect de la loi SRU … etc. et puis l’entretien bien commode jusqu’à maintenant, de la pénurie fait que le fameux social a bien servi les formes de clientélisme électoral.

Bien sûr également la pénurie des terrains fait augmenter dangereusement le coût du logement .

Bien sûr le fait que ces terrains par leur rareté sont pour la plupart des sortes de délaissés de qualité très moyennes et présentant de telles contraintes que l’archi soit obligé de faire des prouesses pour rendre cohérente l’opération sur le plan architectural mais également sur le plan financier. L’angoisse des résultats des appels d’offres travaux 20, 30, 40% en plus de l’estimation normale du coût des travaux, les entreprises du bâtiment tiennent désormais le marché, beaucoup d’opérations sociales sont alors abandonnées, revendues ou bidouillées, mille fois appauvries pour passer dans le prix ;

Que dire également, des logements sociaux existants, de la question des cités, de la réhabilitation la restructuration, la dé- densification, tout a été étudié... mais c’est que là aussi cette prétendue ville ghetto n’a pas de sens, elle est exclusive, elle est exclue ..

Tout a été dit, c’était certainement une ville provisoire. On a tenté et l’on continue à tenter la réhabilitation mais les moyens ne doivent pas être comptés au niveau du nombre de logements multiplié par un prix unitaire de réhabilitation de logement … Sortir de la gestion pépère du fameux patrimoine des bailleurs sociaux, mais poser la question au niveau de la ville de l’intercommunalité de la région et engager de vraies recompositions urbaine. Nous devons relancer encore une fois le vrai débat.

Quoi faire … Une vraie politique, les moyens, la volonté, l’engagement des décideurs d’acquérir ou de reconditionner le foncier pour construire du logement public, indexer le loyer de ces logements sur les revenus, aider vraiment les plus faibles. Sortir le logement du champ spéculatif.

À ce moment non plus les exemples ne manquent pas, l’équilibre quantitatif et financier entre l’offre et la demande va irrémédiablement s’accentuer jusqu’à une inadéquation incontournable ce qui posera un problème pour tous les acteurs (Investisseur, politique, citoyen …)

Une vraie politique d’acquisition foncière qui doit être conçue au niveau de la région et des intercommunalités avec des moyens pour y parvenir. Financièrement il y aura forcément un retour sur investissement si le logement de rapport peut également bénéficier à la collectivité et ne soit plus le privilège des investisseurs privés.

Une grande ville européenne comme Vienne en Autriche a su et a pu depuis longtemps acquérir de nombreux terrains et réaliser des logements pour tous. La mairie est certainement le plus gros bailleur de la ville et peut fonctionner ainsi comme un régulateur.

L’aide personnalisée est la règle, on peut voir ainsi une véritable mixité sociale dans les opérations de logements, les quartiers. Il y a sûrement des tas d’inconvénients, ce n’est pas comparable diront les experts, mais grâce à une vraie politique du logement assumée par les responsables viennois, il n’y a pas à ce que l’on sache de crise de logement dans cette capitale européenne.

Le logement est un droit, il s’inscrit forcément dans un projet collectif, les architectes devraient avoir fermement la volonté de relancer le débat urbain et architectural, surtout maintenant, le ton monte …

Pascal Clément Architecte à Marseille


Posté par CNOA ( Webmaster — 75015 paris ) le 06-01-2007 10:56

les parents de don quichotte

Le problème des S.D.F., qui campent sur les quais de nos villes, est un problème social, économique, humain, et que sais je encore…c'est un malheur pour notre société, une honte
Mais nous qui sommes architectes, que faire?
Notre métier, c'est d'organiser l'espace, et d'être chef de chantier. il est  de notre ressort de proposer des alternatives immédiates au camping urbain hivernal. Il est inhumain. Le luxe dans ces campings de fortunes( !) consiste à avoir une palette pour s’isoler du sol !
Pour les voir chaque jour, les enjeux instantanés sont basiques: le froid du sol, le ruissellement de la pluie, de la neige, l'absence de lieux d'hygiène.
Une première réponse, est nécessaire, avant la construction des logements sociaux qui vont prendre quelques mois à répondre aux problèmes, qui, soyons francs ne risquent pas de se résorber d’un coup d’élection magique.

Il faut recenser dans nos villes les vides susceptibles d’accueillir des logements provisoires d’urgence , situés au mieux à proximité de lieux d’hygiène publics : quai, terrains de sports, parking publics.
Il faut étudier, développer, avec les spécialistes industriels la possibilité de mettre en œuvre des unités de vie  d’urgence provisoires.
Bien des obstacles vont s’avancer : réglementaires, voisinages, autorisations, etc…Ce n’est pas notre objet : restons dans ce que nous savons faire : proposer des projets, à la société de les accepter ou de les refuser, nous aurons fait notre travail, et si cela se concrétise par des réalisations nous aurons remplit notre mission d’intérêt public.
Par ce blog je lance un appel aux architectes afin qu’ils rassemblent leurs initiatives locales, leurs démarches entreprises, pour que, cantonnés dans notre métier, nos savoir faire, avec la force de nos réseaux nous proposions une alternative a cet habitat.

 

Posté par jean-mathieu collard, architecte à strasbourg le 31-01-2007 10:37

Petite rectification...

Quelques petites précisions au sujet des architectes ayant répondu au problème des SDF.

C'est en 1942 que naquit le concept de cabane d'urgence aux Etats Unis. Destinée à loger les sans-abri, la maison était en papier et coutait 50 dollars. Une heure suffisait pour assembler les vingt et un panneaux de papier aggloméré qui la constituaient. Sa résistance au vent et à la pluie était remarquable. Quelques années plus tard, en 1954, lors d'un hivers particulièrement rigoureux, la France dut faire face au même problème. Après la Seconde Guerre mondiale les destructions consécutives aux bombardements ont mis de nombreuses familles à la rue. C’est ainsi que l’abbé Pierre, fondateur des pèlerins d’Emmaüs, lance un appel afin de résoudre le problème des mal-logés en plein Paris. Une collecte lancée permettra de construire de nouveaux logements. Des architectes très engagés socialement, comme Jean Prouvé (1901 - 1984) essaieront de trouver des solutions pour pallier l’urgence. Il imagine ainsi de petites habitations de 6 X 6 m qui peuvent être montées en une journée et qui accueilleront de façon provisoire les mal-logés.

Aujourd’hui la question des sans-abri n’est toujours pas réglée. Les habitations mobiles amenées sur un lieu de catastrophe : inondation, tremblement de terre, explosion..., sont souvent occupées durant plusieurs mois. L'architecte japonais Shigeru Ban (et non pas Tadao Ando comme quelqu'un l'a dit plus haut) se fait connaître par son architecture très légère, comme pour son église de papier de Kōbe, réalisée en quelques mois après le séisme de 1995, ainsi que des maisons provisoires dans la zone dévastée. Il utilise des tubes creux de papier recyclé et comprimé.

Mais ces solutions ne peuvent être que provisoires et à mon sens d'autres moyens sont nécessaires pour trouver des solutions valables à long terme.

Lesley Schenk , Etudiante à L'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Marseille-Luminy.

Posté par Lesley Schenk le 12-09-2008 10:12