Les ambiguïtés de l’accession à la propriété
Toutefois, derrière cet objectif souhaitable, se cachent d’autres problèmes.
Le problème de la crise du logement peut-il être vraiment résolu par ce moyen qui vise essentiellement les classes moyennes ? En particulier, la défiscalisation des intérêts de l’emprunt prônée par Nicolas Sarkozy, ou l’extension de prêts à taux zéro souhaitée par Ségolène Royal peuvent-elles répondre à la situation de ceux qui aspirent à un logement social ?
Derrière ce souhait légitime n’est-ce pas une société du chacun pour soi qui se profile ou se confirme ? On se souvient de la tentative de certains députés de comptabiliser les accessions à la propriété dans le quota de logement social imposé par la loi SRU, diminuant par là-même le nombre de logements sociaux disponible dans la commune.
L’accession à la propriété pose inévitablement la question de la maison individuelle, puisque c’est ce type d’habitat qui est prioritairement convoité (comme le montre notre étude IFOP) dans le cadre de cette accession. La maisons individuelle pose, elle, la question de l’étalement urbain. Nicolas Sarkozy n’hésite pas à l’évoquer de front dans sa réponse à notre questionnaire : « Je ne vois pas comment nous pouvons renoncer à une politique de libération foncière. (…) Et je crois que nous avons là un projet formidable, qui est celui de concevoir la ville de demain, dense au centre, plus étalée en périphérie, afin que chacun ait le choix, mais le tout dans un environnement nouveau, agréable à vivre. »
Il nous semble que le débat sur le choix de nos modes de vie ne peut être esquivé, avec ses difficultés et ses antagonismes : accession à la propriété et logement social, voisinage choisi et mixité sociale, maisons individuelles et maîtrise écologique. Notre projet fait plusieurs propositions, comme par exemple l’incitation fiscale à la construction durable qui prévoit notamment les infrastructures de transport nécessaires. Mais peut-être la réponse principale est-elle à trouver dans la pédagogie et dans le renforcement de la culture architecturale, tant celle des élus que celle des citoyens.
Le débat est ouvert…
Quelle attractivité pour l'habitat en ville ?
Je souhaite répondre sur plusieurs points :
- Le problème de l'accession au logement ne devrait pas concerner uniquement les "classes moyennes" ! Pourquoi faut-il éternellement reléguer les classes populaires dans la case "logement social" ? Pourquoi faire toujours des petites gens des assistés ? Il y a une réflexion de fond à mener sur la dignité et l'autonomie économiques des gens qui gagnent peu, mais cette question ne semble pas venir à l'esprit de beaucoup de monde...
- Être tous propriétaires n'a rien d'un symptôme de "société-chacun-pour-soi". Entre l'ultra-libéralisme et l'État-Partout, il y a un juste milieu ! Le facteur de désagrégation sociale est surtout dans l'urbanisme des quartiers où l'on ne trouve rien pour mener une vie de voisinage serein et une vie de proximité agréable. Ceci est valable aussi bien dans les banlieues pauvres à l'urbanisme caduc et sinistré, que dans les banlieues riches où chacun vit une petite vie le plus loin possible de son voisin, et du peuple en général. Et c'est là que l'américanophilie de M. Sarkozy montre ses limites : le modèle des banlieues américaines est le contre-exemple ; culturellement, foncièrement, historiquement, géographiquement, les banlieues "à l'américaine" nous promettent un échec cuisant, déjà bien entamé dans le triomphe des "zones commerciales" aux parkings infinis...
- La gageure est celle-ci : Comment faire retrouver aux gens le goût de la vie urbaine ? Comment faire oublier le pitoyable naufrage des utopies de béton, lesquelles juraient la mort de la "ville traditionnelle" et de l'art de vivre dans la rue ? Comment faire comprendre aux gens qu'il n'est pas normal de vivre dans un quartier "ni ville, ni campgane" où il faut prendre sa voiture pour aller chez le boulanger, prendre sa voiture pour aller à l'école, prendre sa voiture pour aller au supermarché, etc. ?
Si les centres urbains bien fournis en commerces, bistrots, épiceries, salles de concerts, médecins, écoles,etc. n'étaient pas un bon modèle, on verrait les classes aisées les fuir ! Or, ce n'est pas le cas, bien au contraire ! Alors, pourquoi les pourtours des centres urbains sont-ils sempiternellement voués aux zonages, qui industriels, qui résidentiels, qui commerciaux, etc., et dépourvus de toute attractivité permise par la densité ?
153 ans de clôtures
Quant à l'architecte, clé de voûte en effet d'une possible solution, non seulement celui-ci est toujours l'architecte du prince que stigmatisait Ragon (ces 20 dernières années de projets publics plus pharoniques et starisés les uns que les autres n'ont rien changé), mais il est encore incapable de défendre la vraie place qu'il devrait prendre, celle du médecin de l'aménagement du territoire ou du chef d'orchestre d'une possible harmonie locale d'écologie, parce que la spéculation foncière, maladie naturelle issue de ce vice de départ qu'est la division parcellaire et le clôturage l'éloignent jour après jour du simple humain et l'attachent toujours mieux au pouvoir distributeur de ces droits de division et à la vantardise d'une génération d'accapareurs (petits ou grands) qui n'a aucun problème de fertilité pour se reproduire.
Il y a pourtant une solution pour sauver le paysage "entier", l'œuvre humain et c'est parce que je suis un architecte de campagne sur des terres encore préservées par la viticulture que j'ai pu l'apercevoir. Mais ne rêvez pas, si elle semble une révélation d'espoir pour ceux qui souhaitent le bien commun et une économie équitable, elle est forcément radicale et donc une ennemie à abattre pour ceux qui aiment jalousement leur famille, leur clan, leur patrie, mais n'ont appris à vivre que SUR LE DOS de ceux qu'ils considèrent DES AUTRES. Pour eux, l'effort de leur labeur leur semble TOUJOURS tellement LE LEUR, les miettes de bien qu'ils distribuent tellement LE SOMMET du partage, que l'idée de devoir aller plus loin pour reconsidérer une façon déspéculée de définir équitablement l'appropriation des terres afin d'accéder à une nouvelle vision du territoire, serait comme un vide immense, une mort.. Mêm s'ils ne voient pas que ces 153 ans passés approchent en effet de leur mort, en quelque sorte dans l'œuf annoncée.
Il y a une nouvelle vision de l'appropriation qui peut effacer à jamais le péril du zonage, du lotissement et du mitage tout en s'appuyant sur un même pourcentage d'architecture accessible, donc "ordinaire", mais transcendée par une écologie totale (la première VRAIE contrainte de TOUTE architecture rurale et demain, urbano-rurale ou ruro-urbaine). Elle s'est préparée depuis toujours par la longue expérience de l'architecture rurale avant que cette dernière ne soit condamnée après 1945 à la division parcellaire intensive pour survivre. Et aussi depuis 1970 par les expériences plus ou moins utopistes du monde alternatif.
Mais aujourd'hui ville et campagne se touchent au point - comme droite et gauche politique ? - de se confondre dans leurs intérêts. L'intérêt de l'humain au final, n'est-ce pas la médiation vivante entre la terre "sauvage" et son esprit "civilisé" ? Alors seulement peut-être l'homme découvrira la dimension où il devient utile, parce qu'aujourd'hui, à part bâtir pour détruire et mourir, ce n'est pas évident...
Il faudra alors arrêter de cloturer la moitié du problème, parce que si nos esprits se croient libres, ne s'empêchent-ils pas pourtant de toucher l'unité d'une solution qui changerait l'ensemble ?...
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