Résister à la moraline.
En réponse à Du mal-logement au « non-logement » par la Fondation Abbé Pierre
Je réponds à Jean-Baptiste Bureaux, auteur de l'article "Les architectes de Don Quichotte".
La Profession gesticule pour dénoncer l'horrible libéralisme ; pour réclamer plus de consultations citoyennes et plus de participativitude démocratique ; pour honnir d'un air indigné de pharisien la main-mise de la construction massive par les industriels incultes ; etc. Et surtout, la Profession a un nouveau dada : les choses Durables.
Pourtant, la même Profession qui s'est enthousiasmée pour les barres de béton banlieusardes [si progressistes], bâties à la hâte au mépris de toute visée urbanistique à long terme pour satisfaire l'urgence, la même Profession ne s'affole pas le moins du monde de proposer des habitats d'urgence, qui seront par définition de mauvaise qualité à tous points de vue.
Les projets de l'urgence, on ne le sait que trop en France, sont des projets qui ne peuvent mener qu'à la durabilité de la misère et de la vétusté, à la glorification du provisoire éternel, au culte de la béquille et du bricolage.
Drapée dans son prestige caduc et sa bien-pensance citoyenniste, la Profession se cherche une respectabilité morale en proposant de vagues zactions zumanitaires à base d'architecture. Mais la vraie question du logement échappe aux architectes : la vraie question du logement se trouve au cœur des mafias de l'immobilier et des labyrinthes législatifs. Elle aussi simple que cela :
> Pourquoi un couple stable de 35 ans est-il encore sommé de mendier auprès de ses parents une caution financière pour avoir un appartement ? Pourquoi doit-il fournir des centaines de garanties et de preuves fiscales à la limite de l'indécence [je rectifie : absolument indécentes] pour obtenir une simple location ? Pourquoi est-il impossible de payer son loyer quand un seul des membres de la famille gagne de l'argent modestement ? Pourquoi les gens à tout petits revenus sont-ils condamnés à prendre la place des "SDF" dans les foyers d'hébergement ou à se loger dans des caravanes, faute de "fiabilité financière" ? Et pourquoi dans mon quartier les mendiants de 18-25 ans sont-ils de plus en plus nombreux à vivre volontairement et délibérément en marginaux ?