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Les architectes de la crise de l'urgence

Posté par Mathieu M ( Citoyen — 78000 Versailles ) le 23-02-2007 18:00

En réponse à Du mal-logement au « non-logement » par la Fondation Abbé Pierre

    La fondation Abbé Pierre publie son rapport annuel sur le mal-logement. Soit. Et l'architecte, un acteur de la ville, se sent concerné par la situation actuelle. Et puis, il propose d'éclairer la situation avec son savoir et apporte son expertise. Quelle  qu'elle soit, de tout bord. Soit. Jusque là, tout va bien.
    En revanche, ce qui m'étonne et même m'inquiete, c'est que je n'entend nullement de la part de la profession (dumoins celle qui s'exprime sur ce site) une lecture un tant soit peu finaude des mécanismes en jeu dans la "crise du logement". Et le signe de la déconnection de certain architecte, c'est bien à mon sens d'opposer à "crise", "urgence". L'urgence c'est surtout "une commode invention des décideurs pour légitimer l'a peu près, le vite fait, le "on verra plus tard", la non concertation et finalement l'arbitraire" (Thierry Paquot).
    La "crise du logement", c'est avant tout  la question de la place des couches populaires dans les centres urbains de plus en plus riches des métropoles pleinement bénéficiaires de l'économie mondialisée. Faites un tour dans la Creuse ou dans le Cantal, le probleme est inverse, les élus locaux essayent tant bien que mal de maintenir les habitants dans les villages, avant même de songer attirer qui que se soit dans des villages désertés.
    "La crise du logement", celle médiatisé, c'est bien la question d'habiter la grande ville, celle qui concentre depuis plusieurs décennies la grande majorité des emplois salariés, pour tous ceux dont le projet de société dominant se passe allègrement aujourd'hui pour construire son dessein. Il y a toute une symbolique a rejeter les plus pauvres à la périphérie de la métropole. Seules désormais quelques poches de quartier populaire resistent ici et là dans les centres des métropoles.
    "La crise du logement", c'est avant tout la question de la place de tous ceux qui ne bénéficie plus de l'économie mondialisé, au sein des centres d'opinions et de décisions que sont devenue de manière carricaturale les centres des métropoles. Et au dela, c'est bien le rejet de la "place publique" de tout une partie de la population évincée de ces métropoles.
    Alors opposer à ces mécanismes complexes "citoyenneté", "mixité", "participation" et toute l'agitation qui va avec, me semble un tant soit peu limité. Mais pourquoi pas, à condition s'il vous plait de ne pas renchérir avec "urgence".
    S'il y a une chose à retirer de tout ça, c'est bien que ces mécanismes complexes dépassent très largement les compétences des métiers de l'architecture. J'ai du mal à comprendre que l'architecture persiste encore sur le registre du  "cadre de vie" agréable et sympa se limitant à des formes belles et utiles qui apporterait sur un plateau d'argent des solutions magiques aux fameuses demandes et attentes des habitants. Disons que j'ai du mal à accepter le décalage entre des regards légitimes et souvent pertinent des architectes, et la posture d'une profession se présentant comme remede aux maux de la métropole, tant bien même qu'elle souffrerai d'être isolée et pas assez sollicitée."Faites appel aux architectes" conclue le spot de présentation de ce site.
Le Vrai, le Beau, je crois que c'est un peu hors de propos pour le rapport de la Fondation Abbé Pierre, et proposer des cabanes mobiles en carton recyclé de boites de corn flakes sur les friches de la spéculation immobilère est tout simplement insultant pour les exclus des métropoles et de son économie et irresponsable pour un architecte.