D'un libéralisme l'autre.
En réponse à Du mal-logement au « non-logement » par la Fondation Abbé Pierre
En réponse à Jean-Baptiste Bureaux ["Construire avec ou attendre"]
M. Bureaux,
Ce n'est pas que je ne fasse pas "partie de la Profession" ; simplement je ne vois pas pourquoi je n'aurais pas le droit de la critiquer sous le prétexte que je ferais soudainement partie d'une grande famille fraternelle, pleine de solidarité citoyenne multi-plurielle vachement ouverte d'esprit sur la tolérance de proximité et d'engagement éthique à donf sur les interactions sociologico-socio-sociétales en mutations vers le progrès. Et donc, trouver tout le monde formidable dans le petit club.
En revanche, lorsque je lis vos initiatives rêvées, c'est moi qui m'inquiète pour la profession :
Le développement de l'auto-construction, c'est de la construction sans architecte [quelle garantie de qualité esthétique ou technique ?] ;
Les constructions provisoires ou temporaires sur les parcelles en friche sont la négation totale du devoir d'harmonie à long terme que planifient architectes et urbanistes [Sans compter les problèmes de violation de propriété, d'insalubrité, ...]. Et concrètement, de quoi s'agit-il ? De tentes Décathlon ? De caravanes posées sur parpaings ? De "boîtes d'habitations recyclables" désignées par Zaha Hadid ou Philippe Starck, financées par les impôts, et semées au hasard des rues ? ;
La "flexibilité", le "nomadisme", le "démontable", c'est transformer l'espace public en camping géant, c'est une utopie dont on connaît très bien les limites. Et d'ailleurs, les gens n'aspirent qu'à une seule chose : avoir un foyer stable et fixe, avec de préférence un petit bout de terrain. Les espaces "modulables", "mobiles" ou "coulissants", dans la réalité, ne sont réellement appréciés que par une élite dont le goût est formé à ce genre de subtilités spatiales. Le bougisme est très à la mode, certes, mais c'est encore une fois la trahison de la mission de l'architecte. On fonde une société solide non sur des repères fluctuants [qu'ils soient sociaux, spatiaux, philosophiques,...], mais sur des représentations fixes et durables. C'est ainsi que sont nées les villes, et c'est ainsi qu'elles dureront.
Il est de coutume de critiquer le libéralisme sur son versant économique [le plus manifeste], mais personne ne dénonce jamais ce libéralisme social qui consiste à donner à tout le monde le droit de faire ce que bon lui semble, en tout égoïsme [squatter une friche, poser sa tente n'importe où, bâtir sa maison soi-même au risque du grand n'importe quoi,....] Les initiatives que vous proposez, M. Bureaux, sont en réalité d'un grand individualisme, où chacun serait libre de faire ce qu'il veut de ce qu'il s' "approprie".
Il y a des normes, des règles, des harmonies à respecter pour faire de l'espace bâti un lieu cohérent et propice à la paix civile, à la beauté, à la civilité. Cela ne se fait pas en laissant le champ libre à n'importe qui. Être remplis de bons sentiments et en faire sa politique est un grand danger : nous ne sommes pas au pays des Bisounours, où tout le monde est toujours très gentil et toujours bien intentionné.
J'espère avoir clarifié ma pensée.