Thèmes

Logement
Urbanisme
Culture architecturale

Archives

Le projet Architecture 2007
Contribution au Grenelle de l'environnement
La campagne publicitaire
La vidéo Architecture 2007
Que disent les politiques ?
Les études IFOP
Les tables rondes 2006

Qui Sommes-Nous ?

Qui sommes-nous ?
Réclamations
Suggestions

Calendrier

« September 2010 »
Sun Mon Tue Wed Thu Fri Sat
1234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930
 
Logement
You are here: Home Thèmes Logement Du mal-logement au « non-logement » par la Fondation Abbé Pierre
Document Actions

Du mal-logement au « non-logement » par la Fondation Abbé Pierre

Posté par CNOA ( Webmaster — 75015 paris ) le 20-11-2007 16:38


Dix jours après le décès de l’Abbé Pierre, la Fondation qui porte son nom publie, ce 1er février, son rapport annuel sur le mal-logement. Le constat réalisé est saisissant. Il rejoint par ailleurs celui de notre projet Architecture 2007.

La Fondation Abbé Pierre dresse un tableau de la situation du logement en France qui est non seulement sombre mais qui va s’aggravant. Deux messages forts se dégagent :

1° L’émergence de ce que le rapport appelle le « non-logement » : c’est-à-dire le logement dans un habitat hyper-précaire : « Ces situations vont des squats aux bidonvilles, en passant par le camping à l’année ou l’utilisation de véhicules, de caves, de garages, de locaux commerciaux à des fins de « logement » permanent ; des familles ou des personnes isolées s’inventent par ailleurs des formules d’habitat clandestin, marginal ou de survie (cabanes, abris de jardin ou simple bâche) dans les interstices urbains, les territoires délaissés, voire dans les bois, faisant ainsi écho à des formules d’habitat indignes, qui pour certaines semblent directement surgies du XIXème siècle. » Ce phénomène « enfle » et devient « une véritable déferlante ». Et le rapport d'évaluer à 140 000 le nombre de ménages concernés (chiffre qui ne comprend pas les 100 000 SDF recensés). Les conséquences sociales d’un tel type d’habitat sont bien entendu désastreuses pour ses « habitants ».

2° Une inadaptation croissante et dramatique de l’offre de logement : si l’offre globale de logement a augmenté ces dernières années, elle est non seulement insuffisante, mais également décalée par rapports aux besoins réels des ménages pauvres tout autant que des couches populaires et des couches moyennes modestes et intermédiaires, soit deux tiers des ménages français selon la Fondation. Or le rapport estime que seulement 22,7% de la construction est destinée à cette majorité des ménages. Dans le logement privé comme dans le logement public, la part destiné aux ménages à revenus modestes est en chute par rapport à l’an 2000 et suit donc une courbe inverse de celle de la construction globale. Le rapport dénonce donc une relance de la construction qui a été « myope aux besoins sociaux » et met en cause notamment les mécanismes d’incitations fiscales (dispositif « de Robien », etc.). Le rapport pointe aussi l’éparpillement des responsabilités entre les différents acteurs publics du logement (communes, intercommunalités, départements, Etat).

>> Consulter le rapport 2007 de la Fondation Abbé Pierre sur l’état du mal-logement


Ces constats trouvent échos dans notre projet Architecture 2007, et dans les discussions abordées ici même. En particulier, nous insistons sur la double nécessité d’accentuer l’effort sur le logement social et d’assurer une offre diversifiée permettant un parcours résidentiel harmonieux. Nous engageons par ailleurs les architectes à participer à l’effort en faveur des exclus du logement, comme ont pu le faire les Architectes de l’urgence. Enfin, nous affirmons fortement dans notre projet que l'Etat doit rester le garant des solidarités nationales, mais nous voyons dans les intercommunalités le niveau d’intervention et de dialogue le plus pertinent pour l’urbanisme.

Les architectes de Don Quichotte

Je voudrais partager et réagir à la chronique "Tentes de Don Quichotte : où sont les architectes ?" qui me semble intéressant publié le 07/02/2007 sur Cyberarchi.com et écrit par Philippe Zourgane dont voici quelques extraits (pour lire le texte dans son intégralité, cliquez ici) :

<< (…) Et cette question de l’urgence revient chaque année l’hiver venu. Pourquoi ne peut-on pas penser des structures temporaires, aussi en terme architectural, qui viendraient parasiter les vides des villes existantes, durant la période d’hiver qui reste la plus critique ? Comme le disait très justement Médecins du Monde, au début de l’opération tentes en 2005 : "il s’agit de les rendre visible". Il a fallu un an en fait pour les rendre visible. Oui, c’est vrai, il y a une population très pauvre aussi à Paris, moins nombreuse qu’à Mumbaï ou à Johannesburg mais il y en a et on les voit.

(…) Une fois l’urgence passée, la crise reste. Les SDF eux-mêmes posent cette question : que faire après ? La quinzaine de SDF regroupés sous le pont d'Austerlitz ont demandé, dans une lettre ouverte, à prendre part aux négociations en cours et à construire eux-mêmes des centres d'hébergement pour retrouver "travail", "responsabilités" et "dignité". Ainsi ils posent une question fondamentale pour l’architecture, la question de l’invention dans le logement. Et cette question, nous architectes, devons y apporter des réponses. Car c’est aussi notre travail. L’article 5 de la charte des Enfants de Don Quichotte, est précisément focalisé sur ce développement des formes alternatives d’habitat : "Pour certaines personnes, il convient de proposer des structures adaptées de logement, permettant de maintenir des liens sociaux et d’éviter l’isolement, tout en permettant à chacun d’avoir son propre espace personnel. Les structures de type 'pension de famille' ont montré tout leur intérêt. Des projets novateurs doivent être d’avantage développés et soutenus, compte tenu de la diversité des besoins et des choix de vie (maisons relais, auberges, auto construction, habitats semi collectifs, structures autogérées...)".

En posant la question du logement en ces termes, cet article 5 pose une question fondamentale ; il pose la question de la frontière : frontière virtuelle ou réelle qui sert à séparer l’exclusion de l’inclusion, le légal de l’illégal, et ainsi fabriquer de l’exclusion et de l’illégal.

(…) Au delà de leurs engagements individuels, les architectes ont là l’occasion de démontrer qu’ils savent aussi se réunir et mener une action collective. L’ordre des Architectes pourrait apparaître comme juste, engagé et actuel en finançant sur ses propres ressources des recherches et des projets architecturaux innovants sur la question du logement d’urgence et du logement des plus démunis ; une belle manière d’inviter l’architecture dans ce débat contemporain.>>

La Cité de l'Architecture et du Patrimoine (ou tout autre lieu) peut-elle accueillir, à l’initiative et l’égide de l'Ordre des Architectes, un forum ayant pour objectif de constituer des ateliers composés d'architectes afin d’avancer des propositions concrètes pour le logement des plus démunis ? Vous ne trouvez pas qu’il est grand temps d’initier une mobilisation d’urgence aboutissant à des propositions et des actions capables d’interpeller nos prétendants à l’Elysée ?!
Posté par Jean-Baptiste Bureaux ( Architecte — 75012 Paris ) le 09-02-2007 14:47

Résister à la moraline.

Je réponds à Jean-Baptiste Bureaux, auteur de l'article "Les architectes de Don Quichotte".

La Profession gesticule pour dénoncer l'horrible libéralisme ; pour réclamer plus de consultations citoyennes et plus de participativitude démocratique ; pour honnir d'un air indigné de pharisien la main-mise de la construction massive par les industriels incultes ; etc. Et surtout, la Profession a un nouveau dada : les choses Durables.

Pourtant, la même Profession qui s'est enthousiasmée pour les barres de béton banlieusardes [si progressistes], bâties à la hâte au mépris de toute visée urbanistique à long terme pour satisfaire l'urgence, la même Profession ne s'affole pas le moins du monde de proposer des habitats d'urgence, qui seront par définition de mauvaise qualité à tous points de vue.
Les projets de l'urgence, on ne le sait que trop en France, sont des projets qui ne peuvent mener qu'à la durabilité de la misère et de la vétusté, à la glorification du provisoire éternel, au culte de la béquille et du bricolage.

Drapée dans son prestige caduc et sa bien-pensance citoyenniste, la Profession se cherche une respectabilité morale en proposant de vagues zactions zumanitaires à base d'architecture. Mais la vraie question du logement échappe aux architectes : la vraie question du logement se trouve au cœur des mafias de l'immobilier et des labyrinthes législatifs. Elle aussi simple que cela :
> Pourquoi un couple stable de 35 ans est-il encore sommé de mendier auprès de ses parents une caution financière pour avoir un appartement ? Pourquoi doit-il fournir des centaines de garanties et de preuves fiscales à la limite de l'indécence [je rectifie : absolument indécentes] pour obtenir une simple location ? Pourquoi est-il impossible de payer son loyer quand un seul des membres de la famille gagne de l'argent modestement ? Pourquoi les gens à tout petits revenus sont-ils condamnés à prendre la place des "SDF" dans les foyers d'hébergement ou à se loger dans des caravanes, faute de "fiabilité financière" ? Et pourquoi dans mon quartier les mendiants de 18-25 ans sont-ils de plus en plus nombreux à vivre volontairement et délibérément en marginaux ?

Posté par Lactobacille ( Architecte — 69000 Lyon ) le 14-02-2007 13:41

Construire avec ou attendre ?

En réponse à Lactobacille (Résister à la moraline.)


Quel mépris pour la Profession ! On dirait parfois qu’il existe des architectes ne faisant pas partie de le profession … Je remarque également qu’il est aussi facile de critiquer l’horrible libéralisme que les zorribles mafieux de l’immobilier qui y sont liés, tout comme il est facile de critiquer l’architecture modeste de l’urgence (Shigeru Ban, Jean Prouvé, etc…) et de tout miser sur une politique sociale de fond qui ne viendra peut-être jamais. Il paraît évident que la source du mal logement n’est pas l’architecte, mais le résultat du libéralisme tel qu’il est pratiqué aujourd’hui en France et presque partout dans le monde : il force à l’individualisme et à la compétition. Est-ce à cette morale que Lactobacille entend résister ? Je pense qu'il est facile d'être d'accord avec cela.

Cependant je remarque que les architectes (y compris moi-même) ne dorment pas dehors, ils attendent trop souvent et tranquillement que les crédits tombent pour construire de la Grande Architecture de Qualité et suffisamment durable pour les générations de SDF à venir (car la précarité risque d’exister encore un certain temps)

Aujourd’hui une réponse est formulée : il faudra construire et construire pour tout le monde, avec tout le monde, y compris avec ceux qui en ont le plus besoin. C’est-à-dire qu’il faudra développer l’auto-construction car l’acte de construire est aussi un pouvoir social d’intégration. Il faudra rendre possible des constructions temporaires sur les parcelles en friche, Paris en compte des centaines et aucun service ne les gèrent !

Temporaire ou éphémère n’est pas opposé à durable c’est pourquoi ça ne doit pas vouloir dire indigne, ou sans véritables moyens financier, mais plutôt démontable ou transformable, autrement dit flexible car je ne pense pas qu’il s’agisse encore de construire des barres en banlieues mais plutôt des petites unités intra-muros. A ce propos, il ne me semble pas, en effet que la Profession se soit opposée à ces barres de béton mais serait plutôt critique sur le non aménagement de son contexte (transports, équipements sociaux et culturels, entretiens, …) et sur la manière dont elles sont gérées aujourd’hui (abandon des bailleurs, démolition quasi systématique, …). Mais je ne veux pas écrire au nom de cette « Profession », juste apporter mon avis que je souhaite constructif et non pas simplement massacreur. À bon entendeur …

Posté par Jean-Baptiste Bureaux ( Architecte — 75012 Paris ) le 21-02-2007 18:47

D'un libéralisme l'autre.

En réponse à Jean-Baptiste Bureaux ["Construire avec ou attendre"]

M. Bureaux,

Ce n'est pas que je ne fasse pas "partie de la Profession" ; simplement je ne vois pas pourquoi je n'aurais pas le droit de la critiquer sous le prétexte que je ferais soudainement partie d'une grande famille fraternelle, pleine de solidarité citoyenne multi-plurielle vachement ouverte d'esprit sur la tolérance de proximité et d'engagement éthique à donf sur les interactions sociologico-socio-sociétales en mutations vers le progrès. Et donc, trouver tout le monde formidable dans le petit club.

En revanche, lorsque je lis vos initiatives rêvées, c'est moi qui m'inquiète pour la profession :
Le développement de l'auto-construction, c'est de la construction sans architecte [quelle garantie de qualité esthétique ou technique ?] ;
Les constructions provisoires ou temporaires sur les parcelles en friche sont la négation totale du devoir d'harmonie à long terme que planifient architectes et urbanistes [Sans compter les problèmes de violation de propriété, d'insalubrité, ...]. Et concrètement, de quoi s'agit-il ? De tentes Décathlon ? De caravanes posées sur parpaings ? De "boîtes d'habitations recyclables" désignées par Zaha Hadid ou Philippe Starck, financées par les impôts, et semées au hasard des rues ?  ;

La "flexibilité", le "nomadisme", le "démontable", c'est transformer l'espace public en camping géant, c'est une utopie dont on connaît très bien les limites. Et d'ailleurs, les gens n'aspirent qu'à une seule chose : avoir un foyer stable et fixe, avec de préférence un petit bout de terrain. Les espaces "modulables", "mobiles" ou "coulissants", dans la réalité, ne sont réellement appréciés que par une élite dont le goût est formé à ce genre de subtilités spatiales. Le bougisme est très à la mode, certes, mais c'est encore une fois la trahison de la mission de l'architecte. On fonde une société solide non sur des repères fluctuants [qu'ils soient sociaux, spatiaux, philosophiques,...], mais sur des représentations fixes et durables. C'est ainsi que sont nées les villes, et c'est ainsi qu'elles dureront.

Il est de coutume de critiquer le libéralisme sur son versant économique [le plus manifeste], mais personne ne dénonce jamais ce libéralisme social qui consiste à donner à tout le monde le droit de faire ce que bon lui semble, en tout égoïsme [squatter une friche, poser sa tente n'importe où, bâtir sa maison soi-même au risque du grand n'importe quoi,....] Les initiatives que vous proposez, M. Bureaux, sont en réalité d'un grand individualisme, où chacun serait libre de faire ce qu'il veut de ce qu'il s' "approprie".

Il y a des normes, des règles, des harmonies à respecter pour faire de l'espace bâti un lieu cohérent et propice à la paix civile, à la beauté, à la civilité. Cela ne se fait pas en laissant le champ libre à n'importe qui. Être remplis de bons sentiments et en faire sa politique est un grand danger : nous ne sommes pas au pays des Bisounours, où tout le monde est toujours très gentil et toujours bien intentionné.

J'espère avoir clarifié ma pensée.

Posté par Lactobacille ( Architecte — 69000 Lyon ) le 23-02-2007 10:44

Les architectes de la crise de l'urgence

    La fondation Abbé Pierre publie son rapport annuel sur le mal-logement. Soit. Et l'architecte, un acteur de la ville, se sent concerné par la situation actuelle. Et puis, il propose d'éclairer la situation avec son savoir et apporte son expertise. Quelle  qu'elle soit, de tout bord. Soit. Jusque là, tout va bien.
    En revanche, ce qui m'étonne et même m'inquiete, c'est que je n'entend nullement de la part de la profession (dumoins celle qui s'exprime sur ce site) une lecture un tant soit peu finaude des mécanismes en jeu dans la "crise du logement". Et le signe de la déconnection de certain architecte, c'est bien à mon sens d'opposer à "crise", "urgence". L'urgence c'est surtout "une commode invention des décideurs pour légitimer l'a peu près, le vite fait, le "on verra plus tard", la non concertation et finalement l'arbitraire" (Thierry Paquot).
    La "crise du logement", c'est avant tout  la question de la place des couches populaires dans les centres urbains de plus en plus riches des métropoles pleinement bénéficiaires de l'économie mondialisée. Faites un tour dans la Creuse ou dans le Cantal, le probleme est inverse, les élus locaux essayent tant bien que mal de maintenir les habitants dans les villages, avant même de songer attirer qui que se soit dans des villages désertés.
    "La crise du logement", celle médiatisé, c'est bien la question d'habiter la grande ville, celle qui concentre depuis plusieurs décennies la grande majorité des emplois salariés, pour tous ceux dont le projet de société dominant se passe allègrement aujourd'hui pour construire son dessein. Il y a toute une symbolique a rejeter les plus pauvres à la périphérie de la métropole. Seules désormais quelques poches de quartier populaire resistent ici et là dans les centres des métropoles.
    "La crise du logement", c'est avant tout la question de la place de tous ceux qui ne bénéficie plus de l'économie mondialisé, au sein des centres d'opinions et de décisions que sont devenue de manière carricaturale les centres des métropoles. Et au dela, c'est bien le rejet de la "place publique" de tout une partie de la population évincée de ces métropoles.
    Alors opposer à ces mécanismes complexes "citoyenneté", "mixité", "participation" et toute l'agitation qui va avec, me semble un tant soit peu limité. Mais pourquoi pas, à condition s'il vous plait de ne pas renchérir avec "urgence".
    S'il y a une chose à retirer de tout ça, c'est bien que ces mécanismes complexes dépassent très largement les compétences des métiers de l'architecture. J'ai du mal à comprendre que l'architecture persiste encore sur le registre du  "cadre de vie" agréable et sympa se limitant à des formes belles et utiles qui apporterait sur un plateau d'argent des solutions magiques aux fameuses demandes et attentes des habitants. Disons que j'ai du mal à accepter le décalage entre des regards légitimes et souvent pertinent des architectes, et la posture d'une profession se présentant comme remede aux maux de la métropole, tant bien même qu'elle souffrerai d'être isolée et pas assez sollicitée."Faites appel aux architectes" conclue le spot de présentation de ce site.
Le Vrai, le Beau, je crois que c'est un peu hors de propos pour le rapport de la Fondation Abbé Pierre, et proposer des cabanes mobiles en carton recyclé de boites de corn flakes sur les friches de la spéculation immobilère est tout simplement insultant pour les exclus des métropoles et de son économie et irresponsable pour un architecte.



Posté par Mathieu M ( Citoyen — 78000 Versailles ) le 23-02-2007 18:00

Avancer des projets

Mme (ou M.) Lactobacille

Merci d’avoir clarifié votre pensée. Sachez, que je ne vous interdit pas de critiquer mais j’apprécie simplement les critiques constructives et, sur ce sujet, en correspondance à l’appel à l’aide lancé par Les Enfants de Don Quichotte. C’est là, en partie, que nos avis semblent diverger, et cela ne me pose aucun problème. Que vous ne vous sentez pas appartenir -non pas à un club mais- à un Ordre vous regarde entièrement. Que vous ne vous sentez pas concerné par l’appel à la solidarité lancé dernièrement par des SDF et leur représentants vous regarde de la même manière.

Notre société n’est effectivement pas un grand fleuve tranquille (et encore moins habitée par des petits oursons de couleurs), c’est pourquoi elle se doit d’être réactive et inventive. Mes propositions (rêvées, peut-être), se veulent êtres en adéquation avec la situation présente : SDF et foncier disponible. Ce foncier est bloqué, soit par des situations juridiques compliquées, soit par des projets publics ou privés en cours de montage, soit par pure spéculation.

La proposition vise à occuper ces terrains grâce à un bail précaire limité dans le temps, ce qui nécessite de concevoir un habitat autonome énergétiquement ainsi qu’au niveau des réseaux fluides. Cet habitat n’a pas de raison d’être sculptural mais plutôt, comme je l’écrivais, un levier social, voir une démonstration. Je pense ici au travail que développe Patrick Bouchain, mais si Philippe Starck ou Zaha Hadid veulent s’y coller, pourquoi pas ?! (mais ça m’étonnerais un peu). La programmation / conception / réalisation doit se faire avec les principaux concernés : les SDF, qui sont avant tout et malgré tout des êtres humains doués de beaucoup de qualités. Bien sûr ce travail doit être encadré de près par des architectes et autres professionnels compétents afin de répondre aux exigences techniques diverses, ainsi qu’à « l’harmonie » et la « beauté » bien séante pour la société urbaine bien-pensante.

Cet habitat doit enfin, je le répète, être démontable et transportable d’une friche à l’autre (par camion, par exemple), afin de laisser la liberté aux projets en passe d’aboutir, de se réaliser normalement. Il ne s’agit en rien de concevoir des espaces intérieurs coulissants, des meubles à roulettes ou des tentes high-tech. Quant à la disposition par les habitants de ces habitations d’un jardin, je le souhaite (pour les animaux par exemple) mais ne peut évidemment le garantir car cela dépend du programme et de la taille des parcelles à investir temporairement. Je crois me souvenir que la Ville de Nancy avait, il y a quelques années lancé un concours d’idée sur ce thème, mais je n’ai pas les résultats en tête.

Un tel projet peut se réaliser avec un partenariat public-privé -sous la garantie d’architectes- afin de réunir les fonds et autorisations nécessaires dans un court délais. Les difficultés sont probablement nombreuses mais le projet peut offrir divers avantages notamment de "dépanner" les plus démunis durant quelques mois en attendant la construction des 200.000 logements annuels attendus pour endiguer les besoins actuels.

Posté par Jean-Baptiste Bureaux ( Architecte — 75012 Paris ) le 25-02-2007 13:00

dépassé ?

Merci Mathieu M. pour la fine analyse que je partage. Mea-culpa pour l’"urgence" ! Simplement, mon message est : pensez global, agissez localement, même si l’architecte doit visiblement attendre qu’on fasse appel à lui (dois-je traduire : qu’on le missionne ?) pour penser des projets, et cela même si la situation le dépasse -et je pense qu’elle dépasse beaucoup trop de gens. J’ai également l’impression que l’Abbé Pierre a dû agir, justement pour ne pas se laisser dépasser, étant lui-même révolté par ce qui a priori le dépassais.
Évidemment la religion –ici catholique- se sent véritablement investie par la mission d’aide envers les "pauvres", contrairement à notre Profession, qui a du mal à faire valoir sa déclaration légale d’intérêt public.Chacun sa mission, soit. Cela ne doit pas empêcher la légitimité des confrères philanthropes, même s’ils s’inquiètent en plus d’esthétique. Ce qui me semble révoltant pour les SDF c’est que rien ne soit fait pour eux à part leur proposer une nuit d’hébergement dans la lointaine banlieue alors que leur place est à coté des plus riches, dans les centre-ville (Faire habiter tout le monde dans des centres-villes est une autre question !).
Par contre, j’ai dû mal à admettre que l’exclusion est issue intrinsèquement et inévitablement de la Ville et que les notions de "citoyenneté", "mixité", ou "participation" lui soit sans effet convainquant.

Posté par Jean-Baptiste Bureaux ( Architecte — 75012 Paris ) le 25-02-2007 13:01

Moins d'État, plus d'Ordre.

M. Bureaux,

Avancer des projets, je ne demande que cela :
- Intervention de la politique dans la fiscalisation des locations et des acquisitions immobilières : gel des prix ; baisse des taxes ; suppression de certains impôts qui empêchent – par exemple – les familles d'hériter dignement de leur patrimoine, gestion intelligente des patrimoines urbains ; etc...
[exemple : la ville de Lyon a vendu tout un quartier haussmanien à une société immobilière américaine : les loyers ont décuplé, impossible d'y loger des gens à revenus modestes, boboïsation du quartier et exclusion de tout projet de mixité sociale, muséification de la ville,... Bravo Gérard Collomb, ça c'est du socialisme.]
- Plutôt que de sans cesse solliciter l'appui de l'État pour loger des gens ["logement social"], proposer aux gens d'être libres de toute dépendance vis-à-vis de l'État grâce à une refonte de l'économie professionnelle et familiale [on devrait pouvoir faire vivre décemment une famille quand un seul des membres de la famille travaille ; bref, répartition des richesses pas seulement au niveau du pays, mais aussi au niveau des cellules familiales, etc...], permettre au gens d'être propriétaires sans avoir à s'endetter pendant 30 ans, ce qui ruine toute velléité d'installation sereine dans son chez-soi,... etc etc

Bref, les solutions fondamentales sont politiques [désengager les citoyens des dépendances étatiques, fiscales,...] avant que d'être architecturales. Commencer par éradiquer le syndrome de statopathie que décrit si bien Philippe Muray.
[Statopathie : syndrome fusionnel qui pousse les individus qui en sont atteints à croire que, hors de l'Etat, ils sont nus et que, sans l'Etat, ils ne peuvent rien ; et à voir toute leur vie à travers le prisme de leur relation avec l'Etat.
Sa responsabilité personnelle ne souffre aucune remise en cause : il est un rouage du Système, la faute n'est pas sienne, elle appartient à un défaut du Sytème, lequel est censé incarner la Morale et la Justice].

----

Vous parliez  également de se sentir appartenir ou non à un Ordre :
Très bien :
Que fait l'Ordre des Architectes pour contrer l'irruption de matériaux ultra-cheap dans les projets de logements [sociaux ou pas], conçus pour ne résister qu'à la garantie décennale ? Que fait l'Ordre des Architectes pour freiner la dilution urbaine des résidences pavillonnaires en tous genres qui grignotent les paysages de façon catastrophique [problème écologique, social, économique, énergétique,...] ? Que fait l'Ordre des Architectes pour ne plus laisser bâtir des millions d'hectares d'anarchie capitaliste qausiment sans architecte et, en tout cas, sans la moindre visée urbanistique / écologique nécessaire ?
Où est l'Ordre des Architectes quand se bâtissent les 250 maisons individuelles de la Résidence Paradiséalys, des Jardins Résidéolis, ou des Hauts de Saint-Glinglin ?
Où est l'Ordre des Architectes pour condamner toutes ces zones commercialo-banlieusardo-n'importe-quoi qui transforment les alentours des villages et des petites villes en gigantesques parkings franchisés remplis de hangars décorés plutôt qu'en bourg agréable ? L'Ordre des Architectes n'est-il pas censé être une autorité morale et professionnelle condamnant les dérives et les comportements irresponsables en matière d'architecture et d'urbanisme ?

Désolé de m'étendre aussi longuement. Merci.

Posté par Lactobacille ( Architecte — 69000 Lyon ) le 28-02-2007 10:05

Du démontable bien logée?

Mais d'ou vient cette idée incurable de proposer des logements précaires, mobiles et périmables pour les exclus de l'économie dominante des métropoles? En attendant quoi? Que se termine le temps du précaire, mobile et périmable? Que des groupes d'invidu veulent explorer d'eux même des alternatives au parc privé ou aux logements sociaux en investissant des friches et y construire des cabanes pour y vivre, ou encore vivre dans leurs camions, ça les regarde. Mais organiser la gestion des friches par un organisme quelconque et proposer des logements pauvres pour pauvres, relève encore une fois de la profonde déconnection entre décideurs et réalité sociale. Mais qui voudrait habiter dans ces "trucs" démontables? A part bien sur si c'est choisi. Mais si c'est subi... La logique du "moins pire"... Et pourquoi pas la logique du "plus mieux"? Le capitalisme foncier et sa logique sont d'une complexité qui échappe à beaucoup de monde (et à moi même), à laquelle s'ajoute l'Etat qui prend encore part dans ce petit jeu. Mais qu'est ce que l'architecte libéral peut faire face à ça? Sinon exécuter les règles du jeu, et proposer un cadre de vie "jolie et sympa". Mais s'il vous plait, pas des cabanes pour pauvres! Ou alors les votres, dans les montagnes ardéchoises.

Une dernière petite chose par rapport à l'utilisation temporaire des friches dans la métropole contemporaine. Cette pratique diffère du squat. On pense tout de suite aux jardins partagés, ceux de New York dans les années 70. Ces jardins, pour diverses raisons et motivations, sont une prises de terrain par des habitants. 30 ans après, à New York, ils sont toujours là! Une prise de terrain, ce n'est pas du tout la même histoire qu'une municipalité qui propose à une association de s'occuper gratuitement de son foncier en attendant un quelconque projet. Que l'association fasse dans le ludico-culturel avec un bail précaire, pourquoi pas. Mais "habiter" restera encore longtemps une pratique qui diffère de la simple fonction "habitat", de surcroit démontable et transposable de friches en friches!

Posté par Mathieu M ( Citoyen — 78000 Versailles ) le 28-02-2007 09:16

hard ou hard + soft ?

J’imagine facilement que la finalité de toute politique est de faire travailler et loger tout le monde dans un cadre merveilleux et sécurisé mais il me semble que le chemin risque d’être encore très long, voir totalement fictif. Une chose est sûre, beaucoup de concitoyens se retrouve du jour au lendemain à dormir dehors. J’imagine encore que cette situation terriblement inconfortable doit être PROVISOIRE dans leur tête. Existe t-il des logements disponibles, sains et chauffés le temps de trouver mieux, durant 1, 2 ou 6 mois et d’éviter de tomber définitivement dans la jungle de Rue ? Réponse : pas assez et largement comme chacun sait.
Ma réponse : faire du soft sur des terrains libres existants, en attendant le hard proposé par Lactobacille.
Si innovation et flexibilité rime avec cabane et camion (Cf. Mathieu M) pourquoi pas ? tant que cela permet de dormir au chaud et d’éviter de se réveiller avec un membre en moins.

Oui Mathieu M, le nomadisme est une manière d’habiter. Non, le squat n’est pas une solution à long terme, contrairement aux baux précaires renouvelables et transférables. Non, occupation provisoire d’un habitat sans fondation ne rime pas avec architecture médiocre.

Mais oui Lactobacille, que fait l’Ordre à par lancer des thèmes dans un forum dans lequel il ne prend pas part ? Vous inscrire au tableau je crois.

Posté par Jean-Baptiste Bureaux ( Architecte — 75012 Paris ) le 01-03-2007 23:52

World philosophy.

Ah, le nomadisme, ce triomphe du bougisme festif et multisolidaire contemporain... Vivement que cesse cette mode bobo-manuchaotesque. À moins qu'il ne s'agisse d'une mouvance labellisable HQE par les encravatés de Bruxelles ?

À propos de l'Ordre, qu'il soit félicité pour l'initiative de ce forum. Merci d'offrir cet espace de débat et de critiques, l'architecture s'autocongratule bien trop souvent.

Posté par Lactobacille ( Architecte — 69000 Lyon ) le 02-03-2007 11:21

Pendant ce temps là ...

Pendant que les architectes critiquent les actions de terrain menées pour les SDF (trop précaire, trop éphémère,...) ce sont toujours les mêmes qui s'investissent pour loger dignement les hommes et les femmes qui ont tout perdu. Extrait d'un article de Libération publié mercredi 28 mars 2007 (http://www.liberation.fr/actualite/societe/243824.FR.php) :

<< A Ivry, un «village» a été créé pour des SDF, la plupart venant du canal Saint-Martin.

Sweet mobile home après tant de nuits à la rue
Par Tonino SERAFINI

Bienvenue au «Village de l'espoir», nouveau lieu d'accueil sis à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), sur une parcelle de terrain jouxtant l'hôpital Charles-Foix. «Village», car constitué de 30 maisons blanches (des mobile homes) avec toit en pente, volets bordeaux ou verts, disposées en arc de cercle autour d'un Algéco, sorte de «salle des fêtes municipale» dédiée aux activités socioculturelles. «Espoir», car ces maisons sont destinées à des personnes ayant vécu plusieurs années à la rue, sous des tentes ou dans des centres d'hébergement divers et variés. «Ils ont tous besoin de se reposer. Ils sont là pour réapprendre une vie de couple, une vie de village [...]. Ils ont perdu l'habitude de se faire à manger, de faire le ménage, de gérer un budget», soulignait hier Danièle Huèges, secrétaire générale du Coeur des haltes, association en charge de la gestion du site, édifié par Adoma (l'ex-Sonacotra). «Ce village, c'est une passerelle entre la rue et le logement ordinaire. Les gens sont là à titre temporaire. C'est une autre façon de faire du social. Ici, c'est le social qui s'adapte aux aspirations des sans-abris. On essaye de créer un lieu convivial, digne», pointe Jacques Deroo, directeur du Village de l'espoir, lui-même ex-SDF (...) >>

Posté par Jean-Baptiste Bureaux ( Architecte — 75012 Paris ) le 04-04-2007 11:54

Auto-construction : négation de l'architecte ?

C'est simplement l'architecte qui ne veut pas penser en termes d'auto construction...

Dans le cadre du studio dans lequel je suis inscrite, en 3eme année d'école d'archi, nous travaillons sur la réhabilitation et la mise aux normes d' un "squat", même si le terme n'est pas exact puisqu'il est conventionné par la mairie. L’une des contraintes, et non des moindres, est justement celle de l’auto-construction, mais avec en plus la nécessité d’utiliser des matériaux de récupération, faute de budget.

Je crois justement, avec ma vision idéaliste d'étudiante, que l'architecte peut avoir une place dans cette nouvelle tendance à l'auto construction. C'est à nous de la saisir, d'aller la chercher.

Auto construire c'est construire soi même. Personne n'a dit que c'était sans plans, sans pensée architecturale. Simplement se dire que la main d'oeuvre, c'est le futur habitant. Et concevoir aussi en fonction.

L'auto construction c'est aussi ré-invention de méthodes de construction. Ce n'est pas forcément aligner quelques parpaings et se dire que ça ira bien comme ça. Bien au contraire. C'est réapprendre à construire de manière raisonnée, sans toute une débauche d'engins bruyants et polluants. C'est mettre la construction d'un logement à la portée de qui a le courage de s'y abîmer un peu les mains.

Estelle Bruaux, étudiante
Posté par bruaux estelle ( Architecte — 38000 grenoble ) le 30-05-2007 18:25