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Architecture durable et logements : la solution est dans les étages ?

Posté par CNOA ( Webmaster — 75015 paris ) le 20-11-2007 16:22


Architecture durable et logements : la solution est dans les étages ?

F-H Jourda : concevoir en coupe et non plus en plan

La ministre du logement Christine Boutin a récemment ouvert un débat très intéressant et un peu atypique en faisant la proposition de permettre aux propriétaires de rehausser les immeubles d’un étage, voire deux. Il s’agit là d’une proposition permettant d’augmenter le nombre de logements en contournant la contrainte du foncier.

Cette proposition rencontre également des préoccupations environnementales, et interroge fortement l’idée que l’on peut avoir de ce que serait l’architecture bioclimatique. On la retrouve ainsi dans des déclarations récentes à la presse de l’architecte Françoise-Hélène Jourda, sélectionnée pour le Prix international d’architecture durable lancé par la Cité de l’architecture et du Patrimoine, qui relaie ce thème à sa manière. Pour elle,

« Il faut remplir les dents creuses, surélever les bâtiments qui peuvent l’être, construire en fond de cour… Nos cités ne doivent plus être conçues en plan mais en coupe. Il faut travailler du sous-sol aux toitures, raisonner en volume. Par exemple, de nombreuses activités peuvent avoir lieu dans les sous-sols des villes : piscines, boîtes de nuit, expositions… A Vienne, les locaux disponibles en sous-sol sont recensés afin de les rentabiliser au mieux. De même, cette ville a une grande politique de surélévation des immeubles impérieux. Un, deux et jusqu’à trois niveaux y sont ajoutés. »*

Concevoir en coupe et non plus en plan, cela ne signifie pas que la verticalité et, pour le dire clairement, la hauteur soit la panacée :

« La densité efficace n’a rien à voir avec la hauteur, poursuit la même Françoise-Hélène Jourda, des tours très hautes devront être éloignées les unes des autres pour obtenir un bon éclairage naturel. Ce n’est pas intéressant. »*

La question de la hauteur, et partant le débat polémique sur les tours, est sans doute accessoire par rapport à celle de la conception. La mairie de Paris a commandé des études à douze cabinets d’architectes sur l’impact énergétique de la construction en hauteur (dépassant les plafonds actuels) à Paris. Selon le journal Le Monde, Les architectes sollicités (Yves Lion, François Leclercq, Jacques Ferrier, etc.) « expriment des avis nuancés »**. Et il en ressort le constat que les immeubles de grande hauteur ne sont capables d’apporter un avantage comparatif du point de vue énergétique qu’à des conditions nombreuses et limitatives : très bonne desserte par les transports en commun, mixité fonctionnelle, et surtout surcoût de construction important (dû notamment au choix des matériaux). Des conditions de construction qui sont certes celles de toute construction « durable », mais qui dans le cas des immeubles de grande hauteur deviennent plus contraignantes encore.

Pour recentrer le débat sur la question de la conception, les changements les plus importants liés à une construction durable ne sont certainement pas liés directement à la hauteur, mais aux réflexes culturels et à l’esthétique architecturale. Françoise-Hélène Jourda précise cette idée :

« Le développement durable va bouleverser l'écriture architecturale autant que la révolution industrielle. Nous ne pourrons plus nous référer à la même esthétique. Les bâtiments devront être plus compacts, mais c'est à nous de faire en sorte que cette compacité devienne belle. Il faudra créer beaucoup d'espaces tampons. Ils seront aussi moins largement vitrés. Bref, exactement l'inverse des bureaux qu'on voit pousser dans les nouveaux quartiers de Paris !»***

Alors la solution pour la construction durable - et pour le logement - est-elle dans les espaces-tampons, dans les fonds de cours et dans les étages ?


Citations :
* Environnement et Stratégie du 26 septembre
** Le Monde édition du 3 octobre
*** Le Monde édition du 28 septembre


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