30 ans de crise du logement et 15° rapport de la Fondation Abbé Pierre
La Fondation Abbé Pierre rendait public lundi 1er février son 15° rapport dans lequel elle dresse un portrait dramatique de la situation du logement en France : 3,5 millions de personnes, dont 600 000 enfants, sont mal logées ; 100 000 personnes sont sans abri ; 500 000 ménages répondent aux critères prioritaires de la loi DALO ; la crise toucherait 10 millions de personnes en tout. Ce sont 900 000 logements qui manquent à ce jour en France, avec un déficit estimé à 150 000 pour les années 2008 et 2009.
La crise économique est bien sûr passée par là. Mais la Fondation Abbé Pierre critique le fait que les gouvernements aient traité les crises immobilière et financière et non la crise du logement, qui s'est ainsi aggravée.
Les architectes appelaient fin 2008 à une relance solidaire par le logement social : "La France accuse un retard de 500 000 logements dont 120 000 sociaux, disait l'Ordre des architectes, c’est dans cette perspective que doivent être orientés les moyens financiers de la relance, quelles que soient les modalités choisies pour leur redistribution." Aujourd'hui la Fondation Abbé Pierre déplore : "On est passé à côté d’une occasion extraordinaire de relancer la construction de logements sociaux avec le plan de relance".
La fondation Abbé Pierre n'épargne pas la politique du gouvernement. Elle critique vertement les entraves à l'action des collectivités territoriales : "l’État non seulement n’accompagne plus les collectivités territoriales dans la réalisation des missions qu’il leur a confiées, mais entrave leur action et la rend difficile voire impossible". Elle pointe une "division des rôles qui s’instaure entre, d’un côté, l’État qui soutient le fonctionnement du marché immobilier et la production de logements en fonction de ses objectifs politiques (accession à la propriété et soutien à l’investissement privé) et, d’un autre, les collectivités locales en charge de la construction sociale et des mesures de soutien aux plus démunis, [et qui] se révèle contre-productive."
A l'instar des architectes, la Fondation Abbé Pierre critique sévèrement les dispositifs de défiscalisation et le dernier en date, le "Scellier", qualifié de "solidarité inversée car le Scellier est payé par les contribuables alors qu'il contribue à l'enrichissement d'une partie de la population sans contrepartie".
Le Scellier tire la production de logements privés puisque 55% des logements neufs sortent grâce à lui. Doit-on se féliciter de ce coup de pouce à la construction ? Les architectes mettent quant à eux depuis longtemps en cause ces dispositifs qui suscitent souvent une construction spéculative détachée de toute considération urbanistique et une offre de logement de plus en plus décalée des besoins réels dans les territoires.
Un regard rétrospectif sur 30 ans de crise du logement montre qu'il s'agit d'une crise du logement financièrement "abordable" pour les ménages. Mais il s'agit aussi d'une crise des politiques urbaines et sociales. Celles-ci n’ont pas réussi à répondre aux besoins d'une population de plus en plus urbaine, concentrée dans des villes, lesquelles sont pour leur part en voie d'étalement et de dissolution. Les populations urbaines recherchent l'entre-soi pour fuir les effets de relégation et de ségrégation causés par l'échec de la maitrise urbaine. Ces stratégies individuelles créent des tensions immédiates sur le marché immobilier et suscitent des réponses politiques – et électorales - locales en matière de logement dont l’absence de coordination et de volonté rendent la situation plus critique encore. Le débat sur les communes n'appliquant pas le quota de logement social prévu par la loi SRU n'est que la partie émergée de cet échec.
La crise du logement est donc sans doute aussi et avant tout une crise du "quartier", de la ville et de la politique architecturale.
>> Regardez les débats entre responsables politiques organisés par la Fondation Abbé Pierre à l’occasion de la publication du rapport :
2- Débat politique (avec François Bayrou, Cécile Duflo, Pierre Laurent, Marc-Philippe Daubresse, Harlem Désir...)
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