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Pour une 'directive architecture', par Dominique Tessier.

Posté par CNOA ( Webmaster — 75015 paris ) le 03-12-2009 11:39


Pour une 'directive architecture', par Dominique Tessier.

Pour une 'directive architecture'


La réforme de l’enseignement supérieur dans le cadre de l’harmonisation européenne permettra d’acquérir un diplôme équivalent dans les 27 pays de l’Union puis légitimement d’exercer indifféremment dans chacun d’eux. L’enseignement et les professions d’architectes s’exerceront désormais dans ce contexte avec, enfin, la possibilité de s’affranchir de tous les académismes, de tous les régionalismes et de renouveler la création contemporaine selon les contextes territoriaux, l’intelligence, la culture et l’inspiration des auteurs. Des Hollandais construisent déjà à Madrid et des Français à Berlin, des Italiens en France... Les concours 'Europan' sont également précurseurs depuis 10 ans de ce devenir.

La directive 'Services' de l’Union Européenne transposée dans le droit de chacun des pays de l’union vise à offrir pour l’exercice professionnel la même liberté de choix que celle qui existe déjà pour les études. Dès lors qu’il s’agirait d’une relation purement subséquente concrétisant la liberté de s’établir partout où la qualification est équivalente, ce serait une erreur historique de vouloir s’opposer à cette ouverture dont la conception des villes, des quartiers et des édifices publics et privés a tout intérêt à bénéficier.

L’émulation culturelle que représente cette ouverture doit néanmoins s’inscrire dans un droit commun sur tout l’espace européen afin qu’au nom de la liberté du 'business', on ne puisse confondre l’architecture avec un produit de consommation courante. Ce n’est pas le partage du capital de quelques menues sociétés d’architectes ou l’établissement de nouvelles sociétés affranchies d’obligations de diplôme et de déontologie ou bien même l’effacement de telles ou telles particularités dans les réglementations nationales qui feraient obstacle à la liberté d’établissement qui vont régler cette question essentielle.

Sans culture, point de création, point de civilisation, l’Europe pour construire l’identité de son unité doit s’affranchir des cultures nationales sans les effacer mais en les dépassant, en puisant dans leur immense richesse pour créer un nouveau langage, un nouveau vocabulaire.

Aujourd’hui, l’Europe de l’architecture c’est une somme de connaissances de l’art de concevoir et de construire dont le patrimoine fascine la planète. C’est pour jouir des villes et des paysages façonnés par les hommes et de toutes les formes de création que des millions de visiteurs viennent chaque année à Paris, Londres, Berlin, Amsterdam, Prague, St Petersburg, Barcelone, Venise, Athènes... C’est pour son dynamisme économique et son art de vivre que l’Europe attire autant d’émigrants.

Mais il ne suffit pas de classer 'patrimoine' les plus beaux coeurs de ville, les vallées épargnées par l’industrie ou les sites déjà protégés pour que les 494.296.878 habitants de l’Europe puissent espérer du XXIe siècle un cadre de vie de qualité. Le seul moyen de participer à cette harmonisation n’est pas de protéger son pré carré mais d’avoir une idée du monde futur que nous voulons - à chacun son Vorarlberg par exemple - le cadre institutionnel ne s’y oppose pas. En effet, l'intégration européenne, historiquement orientée vers l'économie et le commerce, a vu son domaine de compétences élargi afin d'impliquer plus largement les citoyens dans le développement de l'Union européenne ; l'article 151 du Traité de Maastricht de 1993 autorise l'Union européenne à mettre en oeuvre des instruments. "Les institutions européennes peuvent recourir à la réglementation, aux politiques visant à assurer le bon fonctionnement du marché unique européen en facilitant les échanges économiques entre les Etats membres et s'appliquent aussi aux acteurs culturels européens".

La culture, la sensibilité ne s’établissent pas de façon spontanée, elles nécessitent des efforts, l’acquisition de connaissances, de moyens. L’architecture en est une expression singulière dont la spécificité est de s’imposer à autrui. La culture est désormais sans frontière grâce à l’évolution des moyens de communication mais elle ne peut naître, aujourd’hui comme hier, que d’une volonté et d’une action politique dont l’absence dans ce domaine se fait actuellement cruellement défaut tant au niveau national* qu’européen**.

Il faut se mobiliser pour que la création architecturale, les constructions, les paysages et l’environnement soient partout reconnus d’intérêt commun. C’est-à-dire que toute modification entrainée par la réalisation d’un édifice, d’une infrastructure ou d’un changement d’affection de territoire fasse l’objet d’un accord bénéfique à ceux qui la projettent comme à ceux qui ont à la supporter. Les collectivités publiques, les acteurs privés et vice versa y auraient avantages dans tous les cas par la résolution en amont de tout préjudice. Une telle disposition s’inscrirait dans le droit fil de la recherche d’une démocratie participative désignée dans les textes des traités.

L’intérêt commun des villes, les édifices ont aussi également besoin de nos partenaires les ingénieurs, les constructeurs, les entrepreneurs mais ils ne sauraient constituer seuls un nouveau patrimoine du XXIe siècle sans s’appuyer sur une culture portée principalement par les architectes. L’histoire qui est derrière nous le démontre suffisamment. Partout où la culture du projet, de l’insertion, de l’usage et de l’harmonie a été absente ou faible, partout les villes ont été meurtries, partout les paysages ont été défigurés. Pour sortir des ténèbres des corporatismes les partenariats sont indispensables et la reconnaissance des savoirs spécifiques et indépendants également. Sortir l’architecture contemporaine de son indéfinition c’est mettre en avant son caractère social, son rapport à l’usage, sa capacité - dans le cadre d’un processus partagé - à insérer des projets dans leur environnement. C’est ce pourquoi les architectes sont formés, c’est ce en quoi la dépendance à des intérêts partiaux les rendraient inopérants.

La libre circulation, les échanges, le métissage des cultures et des populations sont les valeurs nouvelles de la paix et de la prospérité en Europe. Les obstacles à ce destin sont toutes les formes de féodalités qui s’opposent à l’universalité de ses valeurs. Tirons en les conséquences sur l’ensemble du territoire européen, valorisons le partage dans l’indépendance, c’est cela l’urgence politique.

Dominique Tessier
Président du Conseil Régional des Architectes d’Ile-de-France

* Le budget 2009 du ministère de la culture en France est de 0,6% du budget de l’Etat
** Le budget de l’Europe consacré à la culture ne représente que 0.03% du budget total (soit 7 centimes par citoyen et par an !)

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