Le patrimoine : un modèle pour le développement durable ?
Les 4 et 5 octobre 2010 se tenait à Paris le colloque européen d’Icomos France intitulé "Le patrimoine un modèle pour le développement durable. Quelles performances énergétiques pour le patrimoine architectural et urbain en Europe?", avec l'appui de l'Union européenne, via le programme Euromed Heritage 4 (programme de développement pour les pays du sud de la Méditerranée, à travers la valorisation du patrimoine culturel et la formation à celui-ci). [Programme à télécharger ici]
La question portait sur la compatibilité du Patrimoine bâti avec les exigences et les nouvelles réglementations relatives aux performances énergétiques. La question préoccupe naturellement les professionnels du secteur, qui tendent à considérer que le patrimoine est par définition durable. Et de fait, les études les plus récentes démontrent en effet un bon comportement du bâti ancien (antérieur à 1948 et plus encore antérieur à 1914), notamment par rapport aux performances des bâtiments issus de la reconstruction. L’architecte américain Richard Levine a eu sur ce point une belle formule : les villes historiques et patrimoniales (ie le modèle historique européen de ville dense) ne sont pas des villes durables mais sont « proto-durables », c’est-à-dire qu’elles présentent des qualités à approfondir qui leur permettront de mieux affronter les changements à venir liés aux thématiques de durabilité. Cette idée peut être en partie transposée aux bâtiments eux-mêmes, qui sont porteurs de savoir-faire économes en ressources.
Pierre-Antoine Gatier, président d’Icomos France, avoue avoir lui-même évolué dans le débat « Patrimoine versus Développement durable » : il ne pense plus aujourd’hui que le patrimoine doive déroger à la thématique du développement durable. Toutefois la question des normes n’est pas sans poser problème : il est difficile, a convenu Philippe Belaval, directeur des Patrimoines au ministère de la Culture, de normaliser les interventions sur des bâtiments qui sont souvent « uniques ». Quant à Jean-Marc Michel, son homologue à la direction de l'aménagement, du logement et de la nature, au ministère du Développement durable, il soulignait qu’avec le Grenelle de l’environnement, on est impliqué désormais dans des obligations non plus de moyens, mais de résultats, et que la norme ne servirait à rien si elle ne permettait pas d’atteindre les résultats souhaités. Les normes sont des moyens et il est toujours mauvais de considérer des moyens comme des fins, insistait-il. Il a émis une critique voilée sur le risque de contradiction potentielle entre les nombreux textes issus du Grenelle, par ex. entre les questions énergétiques et les questions de qualité de l’air dans les bâtiments.
François Goven, inspecteur général de l'architecture et du patrimoine au ministère de la Culture, introduisait la question en indiquant que si des réponses techniques à ce problème existent et sont essentielles, elles resteront toujours toutefois en elles-mêmes insuffisantes pour définir la valeur culturelle, patrimoniale et immatérielle des bâtiments et des savoir-faire associés à transmettre. Le problème est plus complexe encore pour le patrimoine « ordinaire », urbain ou rural, construit le plus souvent sans architecte. Il insistait sur la nécessité d’utiliser des techniques cohérentes et sur leur réversibilité (composante du développement durable !).
Des études de cas, très intéressantes, de Damas à Copenhague, de Bayonne à Lille ont mis en évidence un certain nombre de caractéristiques et/ou d’exigences propre à des démarches respectueuses du développement durable et du patrimoine :
- La nécessité de convaincre et « d’acculturer » y compris les décideurs et élus locaux, notamment par le partage de connaissance, de bonnes pratiques, la diffusion de guides, retours d’expériences, méthodologies, etc. Il y a également un formidable défi de formation pour les artisans et les maitres d’œuvre ;
- La nécessité, bien sûr, de procéder le plus finement possible, au cas par cas, en évitant les méthodes globales ou les recours aux PPP et autres contrats de partenariats énergétiques. Il est indispensable de différencier selon le type de bâti et de hiérarchiser les préconisations et solutions techniques applicables ;
- La nécessité de faire progresser la connaissance en dressant des typologies selon les types de bâtiments, mais aussi les zones géographiques et les dates de construction, en réalisant des opérations pilotes et en établissant des grilles de lecture permettant de les croiser.
Il a été réaffirmé que le développement durables ne se limitait en aucun cas au seul aspect énergétique ni aux recettes techniques. Les connaissances ont d’ailleurs besoin de progresser et les outils aujourd’hui disponibles (logiciels de simulation, outils pour l’analyse du cycle de vie des bâtiments, etc.) sont trop limités et ont besoin d’une confrontation avec les données réelles du bâti.
Deux autres limites ont également été soulevées.
La première est l’absence de données relatives aux comportements des usagers. La problématique rejoint pour une part celle de la participation et de la sensibilisation, et elle est fondamentale.
L’autre est celle de la valeur « archéologique » de certains bâtis qui sont des supports de transmission de savoir-faire, d’usages sociaux, et aussi d’esthétique.
>>> http://france.icomos.org/
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