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"L’architecture a-t-elle besoin de ce débat là ?" par Dominique Tessier, président du CROAIF

Posté par CNOA ( Webmaster — 75015 paris ) le 19-12-2007 09:49



Pourquoi donne-t-on autant d’importance à un débat sur le "genre" ?
Au travers des échanges entre Le Moniteur et les architectes qui contestent le choix du jury on a le sentiment de voir une même famille qui se déchire. Cette difficulté provient, selon moi, au rôle dévolu aux revues d’architecture qui globalement aujourd’hui expriment un "nouvel académisme", auquel les uns et les autres, architectes comme maître d’ouvrage se réfèrent pour entrer dans le sérail du "top" à la mode.

Mais l’architecture a-t-elle besoin de ce débat là ? Les vrais dangers qui guettent l’architecture sont ailleurs.

L’architecture intéresse tout un chacun car c’est le quotidien de la vie, celui de la rue, du logement, de l’immeuble de travail, de la crèche, du gymnase, du jardin public,… Il y a trop de gens qui souffrent du manque d’architecture, ceux qui sont mal logés, ceux qui travaillent dans des locaux précaires ou inadaptés, ceux qui parcourent les rues avec inquiétude,… le terrain d’exercice de l’architecture est quasi infini. La réflexion des architectes et des aménageurs doit couvrir l’ensemble de ces sujets pour que cette culture gagne sa place dans la société.

A supposer que l’on puisse dénombrer les architectures, je crois qu’il ne faut pas les opposer ; celles du prestige et celles du quotidien sont tout autant nécessaires car elles répondent à des besoins, celle d’un état, d’une région, d’une ville dans sa volonté de rayonnement et celle de la satisfaction d’un public, d’utilisateurs. Et chaque architecte peut faire les deux tour à tour, par exemple de l’architecture de prestige et du logement social.

Pendant les années 80, le logement social et les lieux de travail ont été des terrains d’innovation et d’expérimentation architecturale appuyés sur des recherches en sciences sociales. Or aujourd’hui, le logement social est le parent pauvre de l’intervention publique, la taille des logements est réduite, l’accessibilité aux personnes handicapées n’est même pas financée et les lieux de travail ne sont plus des champs d’investigation. Il y a donc désormais une fracture qui s’instaure entre une architecture qui fait vitrine et une autre qu’on n’ose plus montrer.

Bien avant l’événement de l’équerre d’argent 2007, Michel Kagan, avait en 2006, placé l’année de sa présidence des Architectes Conseils de l’Etat sous le signe de "la modestie en architecture". Il y a donc bien, de façon souterraine, une interrogation forte de la profession qui rejoint celle du public, sur la contradiction entre ce que l’on vit et ce que l’on vénère.

Les projets d’architecture, quel que soit leur style, demandent un travail complexe, long et savant que le consumérisme tend à vouloir réduire à la fabrication d’images. Il faut que la profession s’ouvre à une pratique du débat collectif dans un contexte élargi ; comme à l’université, dans la recherche et les sciences sociales, par exemple…. Pourquoi n’organisons-nous pas des débats dans la France entière, avec l’appui du réseau des maisons de l’Architecture, des revues, des journaux, de la radio et de la télévision ? Faisons entrer le goût de la controverse dans notre culture sans nous diviser.


>> Tribune publiée dans le Moniteur.

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