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Des concours internationaux et de la politique architecturale : une réponse à Nicolas Sarkozy

Posté par CNOA ( Webmaster — 75015 paris ) le 20-11-2007 17:24


Des concours internationaux et de la politique architecturale : une réponse à Nicolas Sarkozy

Le président du Conseil des Architectes d'Europe répond à Nicolas Sarkozy sur les concours internationaux

Suite au discours de Nicolas Sarkozy sur la politique architecturale, Jean-François Susini, président du Conseil des Architectes d'Europe, a souhaité écrire au Président de la République afin d'apporter un éclairage critique sur la question des concours internationaux, et d'ouvrir le débat sur les priorités politique architecturale.

Voici les principaux éléments de sa lettre :

"Monsieur le Président de la République,

(...)
Vous posez, entre autres, la question de l’anonymat des concours internationaux d’architecture, vaste sujet qui mérite un éclairage différent de celui qui vous a été suggéré.

Dans les compétitions internationales, et notamment celles qui bénéficient du label UIA * - UNESCO, l’anonymat est une garantie essentielle pour permettre une sélection fondée sur la qualité du projet et non sur la capacité de l’agence à le développer. Beaucoup de maîtres d’ouvrage publics ou privés considèrent d’ailleurs que cette gestion du projet est secondaire par rapport au « parti architectural » dans la mesure où elle peut être réglée par des regroupements de maîtrise d’œuvre en phase de développement.

Dans les autres concours sur invitation, la question ne se pose pas, les professionnels membres du jury étant tout à fait capables d’identifier qui de Zaha Hadid ou de Jean Nouvel est l’auteur du projet, pour ne citer qu’eux.

Elle peut par contre être très sensible dans des pays comme la France, chez lesquels une grande partie de la dévolution de la commande publique se fait par concours.

Cela étant, croyez vous sincèrement qu’un entretien de quelques minutes devant un jury, tel qu’il fut longtemps pratiqué en France, permet un dialogue fructueux avec le maître d’ouvrage ?

Il me semble utile d’attirer votre attention sur l’attachement très fort de bien des Etats et des architectes européens à la règle de l’anonymat, en particulier dans les pays où le nombre de concours est peu élevé.

Sur ce point, les débats au sein du Conseil européen au moment de l’adoption de la Directive sur les marchés publics ont été particulièrement vifs, les partenaires de la France ayant toujours insisté, avec force, sur le principe de l’anonymat, et réfuté les arguments présentés par les autorités françaises. Une seule concession fut faite à l’époque et actée dans le texte final de la Directive de 2004, autorisant que le dialogue intervienne à un certain stade.

Enfin je ne veux pas oublier ces quelques architectes français qui voient, dans la mise en œuvre d’un quota de concours ouverts et anonymes, l’opportunité :

- pour les plus jeunes de percer autrement que dans des dispositifs lourds et institutionnels comme les « albums de la jeune architecture »,
- pour les plus anciens d’accéder à des réflexions et projets collectifs, qu’ils estiment aujourd’hui monopolisés par quelques agences,
- pour tous de préférer exprimer leur art dans un concours sur esquisse plutôt que de souscrire à cette pure démarche administrative qu’est la rédaction d’un dossier de candidature.

Sans omettre non plus ces maîtres d’ouvrage qui, héritant d’une mauvaise programmation, se retrouvent confrontés à s’interdire des choix novateurs pour éviter tous recours ultérieurs.

Voilà le débat rapidement posé. Il touche en réalité beaucoup plus le niveau national qu’européen ou international.

S’il doit y avoir une rupture, elle ne peut se réduire au simple dispositif que vous envisagez, sans avoir d’emblée redéfini ce que la France souhaite en matière de politique architecturale et les mesures qu’elle compte adopter pour optimiser une création répondant pleinement à la croissance urbaine, à une économie de l’écologie et du partage et à une culture participant au bonheur des hommes. Il y a dans ces objectifs un chantier extraordinaire à conduire qui, s’il n’est plus fragmenté, recueillera l’assentiment de tous ceux qui ont la volonté de laisser à leurs enfants un monde débarrassé des angoisses d’aujourd’hui.

Cela suppose une volonté et des moyens d’incitation associés à quelques dispositifs techniques.

A titre d’exemple une relecture des Partenariats Publics Privés (PPP) à la lumière des impératifs de qualité architecturale et de durabilité est désormais nécessaire pour corriger les grandes faiblesses de ces contrats relevées par toutes les études récentes, notamment au Royaume-Uni.

Enfin une politique ambitieuse de l’architecture ne peut être dissociée du soutien au métier d’architecte, sans exclusive et sans le réduire aux plus grands concepteurs. Le dynamisme créatif de quelques pays européens mais aussi d’autres continents doit être source d’inspiration pour y parvenir.

En déclarant que l’inauguration de la Cité était "l'occasion de remettre l'architecture au cœur de nos choix politiques" vous répondez pleinement aux aspirations des architectes européens. La France est attendue sur ce terrain-là lors de sa future présidence de l’Union.

Avec tous mes confrères, j’espère vivement que les positions fortes de votre discours se traduiront par des initiatives courageuses qui sortent un peu des sentiers battus et du certain abandon auquel nous avons été confronté ces dernières années en France dans le domaine de l’architecture.

La qualité des propositions des organisations françaises d’architectes (Celles du projet Architecture 2007 et les propositions faites pour le Grenelle de l'environnement), soulignée par Madame Boutin, est une opportunité pour y parvenir.

Comme Oscar Niemeyer, cherchons « un chemin nouveau, en ayant la liberté comme point de départ et la beauté comme objectif essentiel ».
(...)"



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